Décès de Jean Karim Fall : pléthore d’articles et incohérences !

Article : Décès de Jean Karim Fall : pléthore d’articles et incohérences !
28 mai 2017

Décès de Jean Karim Fall : pléthore d’articles et incohérences !

Jean Karim Fall, journaliste emblématique de Radio France Internationale (RFI) est décédé ce vendredi 26 mai 2017. Le franco-sénégalais a cassé sa plume alors qu’il couvrait le sommet du Groupe des sept pays les plus industrialisés (G7), à Taormine en Sicile (Italie). Les écrits sur son décès soulèvent néanmoins deux à trois questions. L’une se rapporte à l’âge du défunt, la seconde sur son parcours et la troisième, sur le nom de son père.

Sur la base du communiqué distillé par son employeur, le Groupe France Media Monde, quasiment tous les médias ont indiqué qu’il avait 59 ans (né en 1958) et né d’un père diplomate qui répond au nom de Kader Fall. Cependant, d’autres sites d’informations en ligne ont avancé un parcours différent et une date de naissance différente (1941).

Partant de ces dates distinctes, une question nous vient : RFI  s’est-elle trompée sur l’âge de son journaliste ou ce denier était-il un surdoué ? Deux jours après son décès, plusieurs heures de recherches ont permis d’éclairer ma lanterne. Nous sommes arrivés à déduire que certains médias ont confondu les biographies de deux journalistes sénégalais.

Décès de JKF : Capture d’écran du site ivoirien Fraternité Matin

Karim Fall n’est pas Jean Karim Fall

Capture écran : Wa deukbi avec Karim Fall

Le premier, Karim Fall, est un ancien journaliste sénégalais né en 1941 à Diourbel au Sénégal. Selon sa biographie disponible sur le site de l’éditeur, l’Harmatan, Karim Fall « débute sa carrière de journaliste comme reporter-présentateur à Radio Sénégal en 1968 ». Suite à un éditorial critique envers Senghor, président sénégalais de l’époque, il s’exile en 1974 en France. Toujours selon la biographie publiée par l’Harmatan, Karim Fall « intègre la même année la radio RTL (…) où il restera vingt sept ans ».

Il démarrera ensuite une carrière d’écrivain et de consultant pour divers médias. Il est notamment l’auteur de « Pouvoirs et médias au Sénégal et ailleurs ».

Karim Fall a rendu l’âme en  octobre 2016, à l’âge de 75 ans. Le journaliste Jérôme Godefroy fut l’un des premiers, à annoncer la mort du journaliste qui a marqué son temps.


Jean Karim Fall avait 10 ans en 1968

Contrairement à ce que beaucoup de médias d’informations ont rapporté en ligne,  Jean-Karim Fall est né en 1958. Ceci répond au second volet de l’interrogation à l’origine de ce papier. En effet, le franco-sénégalais n’a pas débuté sa carrière de journaliste à radio Sénégal en 1968, il avait dix ans à l’époque. Le Syndicat des Journalistes Mauritaniens et Radiookapi entre autres, se sont trompés.

Capture d’écran : Extrait condoléance syndicat journalistes mauritaniens

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, Jean Karim Fall entame sa carrière de journaliste en 1984, date à laquelle il a été embauché par RFI. Son aventure avec « la radio mondiale » se poursuivra jusqu’en 2012. Mais il n’est pas allé loin, il déposera ses valises à France 24.

Selon Le Monde Jean Karim Fall était « aussi à l’aise dans les maquis rebelles que dans les sommets de l’Union Africaine et les voyages officiels ». D’où l’étiquette de « spécialiste de l’Afrique » qu’il a porté tout au long de sa carrière.

Un Abdel Kader en cache un autre !

Capture d’écran : Article jeune Afrique sur Jean Karim Fall

En passant en revue les articles publiés suite au décès de Jean Karim Fall, nous sommes tombés sur celui de l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique. Comme souligné ci-dessus, il est indiqué que le père de Jean Karim Fall se nomme « Abdel Kader Pierre Fall ».

Après consultation du site des archives nationales du Sénégal et de nombreux articles qui citent le paternel du journaliste, le prénom « Pierre » n’apparait à aucun moment. Abdel Kader Fall (père de Jean Karim Fall) ancien leader estudiantin, fut ministre de l’Education, ministre de la Culture sous Abdou Diouf et ambassadeur.

La confusion peut être faite avec Abdel Kader Pierre Fall, ancien ministre et ambassadeur sous Abdoulaye Wade. Ce dernier décédé en mai 2016, fut le premier administrateur du monument de la renaissance de Dakar.

Capture d’écran : Senego annonce le décès d’Abdel Kader Pierre Fall

Dans le but d’être toujours les premiers à diffuser une information, certains médias passent outre les règles qui régissent la profession. Ce qui différencie le journaliste des autres « relayeurs d’informations » c’est son obligation de collecter et traiter  avant diffusion de toute information. Il semble que ce travail de vérification n’est pas toujours effectué, même par des journaux et sites « reconnus » pour leur fiabilité.

Une liste non exhaustive de sites qui sont allés un peu trop vite:

Par Amadou SY

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Commentaires

Paterne Kraidi
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Félicitations pour ton article,tu es un journaliste et un vrai. Tu as suivi minutieusement. J'espère que les sites cités vont corriger leurs erreurs.

Amadou
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Merci beaucoup Paterne pour les encouragements. Nous devons être vigilants. Malheureusement il y a beaucoup de laisser aller dans la profession!

Mawulolo Roger
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Salam grand
J'ai vraiment apprécié ton billet.
Moi même j'avais dit à un ami sénégalais que j'étais étonné de savoir que JKF a travaillé à la RTS.
Merci pour le "rétablissement de la vérité"

Amadou
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Bonjour mon DOYEN... Effectivement cela nous a fait tiquer (un ami et moi). Il ne peut pas être né en 1958 et travailler à la rts en 1968... Ceci nous montre à quel point certains médias, passent outre la rigueur journalistique. C'est très dommage, puis que le public aura de moins en moins confiance à la fiabilité de l'information qu'on lui sert!

Boubou Thiam
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Enfin levée l'équivoque par le benjamin des journalistes mauritaniens. Cela a été une très grosse équation pour moi pendant trois jours. Je suis allé jusqu'à douter du fait que RFI connaisse bien son journaliste.

Amadou
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Merci mon cher, le travail d'équipe paie toujours. Rassure toi, RFI connait bien l'âge de son défunt journaliste!

Mamadou Gueye
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Incroyable et dire qui il y a des journaliste doué d un sens aussi élevé de l analyse et de l enquête en Mauritanie. Félicitation pour cet éclairage .en juillet 1984 j avais rencontre Jean K Fall a Lille mon professeur Christian Barkesso nous avait présenté a l institut c était dans le cadre d un cursus organisé par le CESTI de dakar

Amadou
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Incroyable ;) ??? Oui on essaie (en Mauritanie) dans la mesure du possible à faire le JOB ! JKF était un grand homme et un journaliste digne de ce nom. Paix à son âme.

Djibéry DOUKOURE
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Excellent boulot. Le travail bien fait sera toujours récompensé. continuez sur cette lancée la Mauritanie, l'Afrique et le monde entendra parler de vous. Il est rare de nos jours, un journaliste avec un tel soif de vérité et de clarté.

Amadou
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Merci beaucoup M. Doukouré pour les encouragements. Le soucis de clarté et de vérité doit être ce qui anime et accompagne le journaliste au quotidien.

Malick BA
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Moi aussi j'ai constaté ces incohérences dans les différents sites. Même Jeune Afrique et RFi n'y ont pas échappé. Effectivement Abdel Kader FALL et non Kader Pierre FALL a été ministre de l'Education nationale avant de diriger le département de la Culture. A sa sortie du gouvernement, il est nommé ambassadeur au Canada. Il faut plus de précisions, de concision dans le métier.. Merci Amadou d'avoir tiré tout cela au clair.

Amadou
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Effectivement... Le pire c'est que la plupart des sites, ne se sont pas encore rendus compte de la bêtise. Autrement,les corrections n'ont pas encore été apportés. Cet article nous amène par ailleurs à réfléchir sur l'impact négatif du copier-coller (car c'est ce qui s'est passé)...

Fenosoa Sergia
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Excellent travail Amadou ! Je suis certaine qu'il y a beaucoup de cas similaires dans les médias...malheureusement, on est assez fainéants pour vérifier, on se contente de consommer ce qu'on nous donne, et voilà le résultat!

Amadou
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Bonjour, merci Fenosoa. Effectivement, le phénomène du copier-coller est monnaie courante. On ne cesse de s'en offusquer. La vérification, c'est l'essence même de la profession.